Processus de la Révolution bolivarienne au Venezuela (deuxième partie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I.- Prémisses objectives et subjectives de la révolution sociale

L’auteur de cet article a eu le privilège et l’honneur de participer à trois rencontres avec le Président Hugo Chavez et d’avoir  écouté ses grandes conférences passionnées et pleines de convictions en faveur de la victoire de la Révolution bolivarienne.  Cela s’est passé à Caracas lors du Forum Social Mondial en mai 2005, ensuite durant le Sommet des chefs d’États, qui s’est tenu à Vienne en mai 2006, pour commémorer les 500 ans de la Conquête des Amériques par les colonisateurs espagnols, et finalement au théâtre Carlos Marx à la Havane, Cuba.

S’adressant, depuis la Chaire du Théâtre Carlos Marx au Commandant Fidel Castro, paladin de la révolution cubaine, le président Hugo Chavez et, chef du Parti Socialiste Unifié de Venezuela proclama haut et fort “l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique» L’ALBA» qui regroupa12 pays d’Amérique Latine. en 2004.

Dès son arrivé en 1999, le défunt président Hugo Chavez prendra  cause et effet pour  la libération de notre  continent américain,  tout en s’identifiant avec Bolivar et avec le Christ qu’il nous paraît deux visions du monde diamétralement opposées et irréconciliables.

Dans sa condition d’un des survivants de la civilisation Inca des Amériques, l’auteur de ce témoignage réfléchissait avec intérêt sur ses messages si émouvants, sans doute, qui savaient éveiller  les consciences endormies des peuples de Sud, condamnés aux nouvelles formes d’esclavage par l’Empire du Nord.

Dès sa réélection du 3 décembre 2006, le président Chavez avait annoncé solennellement: «La patrie, le socialisme ou la mort. Je le jure. Je le jure par le Christ, le plus grand socialiste de l’histoire.».

Lorsqu’il dit, «Christ fut et reste l’un des plus grands révolutionnaires de l’Histoire et le premier socialiste de notre ère, le premier socialiste et c’est pour ça qu’on l’a crucifié » Crucifié par qui? Par ceux à qui le royaume des cieux est fermé: les possédants». Voir Renaud Lambert et Henri Maller du 11 janvier 2006, p. 14.

Le Président Chavez fut victime d’une accusation en règle de la part de la communauté juive vivant au Venezuela et en Amériques pour antisémitisme. Comme Jacques Attali, le ancien Conseiller du Président Mitterrand nous faisait observer :»le Dieu le plus grand sur la terre de peuple juive  c’est l’argent et sa passion c’est l’accumulation de la richesse de la planète dans les mains d’une oligarchie très puissante qui gouverne ce monde».

A la question du journaliste  Rafael Capriles Naranjo  de la chaine «Capriles ” (novembre 1998), «s’il était communiste ?, le comandant Chavez a répondu ainsi: “Pour rien……… Très loin de cela. Tout mon projet politique est la recherche du côté humain du système capitaliste, en nous éloignant du courant que le Papa nomme «le néolibéralisme sauvage». Nous proposons un modèle économique humaniste, diversifié, orienté à la production et à la génération d’emploi». Source: Grupo Propaganda Marxista (GPM), L’histoire politique de la famille Chavez”, juin 2002).

En ce qui concerne  ce sujet le plus polémique de l’histoire humaine et la conception la plus controversée de toutes les civilisations, il conviendrait d’analyser le processus de toute révolution sociale, en particulier celle de Venezuela non pas à partir du dogme religieux, mais à partir d’un longue processus historique de cinq siècles de colonisation du continent américain, d’abord par la Couronne d’Espagne et, en suite par empire américain.

N’oublions pas que le président Hugo Chavez est l’arrière et arrière petit-fils de son époque, marqué par une longue tradition  d’instrumentalisation de la religion,  du christianisme en particulier pour légitimer le lavage du cerveau des peuples amérindiens et donc justifier la domination et l’oppression coloniale et néocoloniale des peuples d’Amérique Latine.

Nous avons toujours présente à l’esprit qu’il y a plus de cinq siècles, les conquistadors espagnols, avides d’or et argent, ayant à la main droite l’épée et à la main gauche la Bible, anéantirent toute une civilisation, imposant aux peuples Indiens des Amériques la domination coloniale la plus cruelle et barbare dans l’histoire de l’humanité.

Le despotisme colonial et néocolonial de la Veille Europe avaient exclu l’Indien -aborigène des Amériques-de l’espèce humaine, en le dépouillant de ses terres, de ses ressources naturelles, en le privant de sa cosmovision du monde et en le plaçant sur le plan de la bête sans âme, ni raison.

Voici comme répondait Marx, l’empire colonial a accompli le même rôle que revêt le péché original en théologie. «Adam a engendré le péché et l’a transmis à toute l’humanité, après avoir mordu dans la pomme. Ce péché originel est cause et effet des fléaux de l’humanité». (K. Marx, Le Capital, Éditorial des Sciences Sociales, La Havane, Chapitre. XXIV, p. 634)

L’auteur du Capital, reprendra ensuite le problème de la religion là où  Ludwig Feuerbach l’avait laissé dans son ouvrage L’essence du christianisme, en dévoilant l’origine humaine de toute religiosité: «L’homme fait la religion, la religion ne fait pas l’homme. Dieu est ce qui n’est que son propre reflet».

Pour Marx, la critique de la religion n’est qu’un premier pas sur le chemin de l’émancipation humaine. «La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique.»

Quelque soit la vision obscurantiste de ces social démocrates petits bourgeois d’Europe et Amérique, il n’y a que la méthode d’analyse dialectique de Marx, non pas en tant un dogme, mais en tant qu’une science de l’histoire est capable d’élucider ou de démêler les contradictions de la situation politique et sociale au Venezuela.

Par sa découverte scientifique des lois économiques régissant la naissance, le développement et l’extinction de chaque société historiquement déterminée, Marx a levé le voile cachant l’exploitation de l’homme par l’homme et ainsi asséné un coup fatal au cœur de la société bourgeoise, imprégnée de foi religieuse et dont ses représentants et idéologues ne se relèveront jamais.

Quelle que soit  la société divisée en classes ayant des intérêts antagoniques et irréconciliables, la prise de conscience sociale et politique par les ouvriers, les travailleurs et les paysans de la cruelle ’exploitation capitaliste a, toujours et avant tout, un caractère de classe. Ce qui leur permet de comprendre leur place, leur rôle, leur situation, leur exploitation et leur mission historique dans la société, celle de transformer le rapport capitaliste de production par la société socialiste, sans classes ni exploitation de l’homme par l’homme.

Sans doute, cette prémisse historique, confirmée par la révolution bolchevique, s’applique également à la révolution bolivarienne dans des nouvelles conditions du rapport des forces, déterminant de nouvelles formes et stratégies de lutte des classes en Amérique Latine, arrière-cour de l’impérialisme américain.

Comme l’a dit Marx: «Les hommes font leur propre histoire; mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans les conditions directement déterminée par la réalité sociale et héritées de toutes les générations mortes qui pèsent d’un poids sur le cerveau des vivants».

A partir de ces prémisses matérielles et historiques, Marx et Engels formulèrent dans leur ouvrage de 1848 intitulé Révolution et contre-révolution en Allemagne, tant les conditions objectives que subjectives qui y mènent par le chemin de l’insurrection armée comme un art de la politique. Et comme tout autre art, celle-ci est soumise à certaines règles politiques et le parti qui néglige ces règles court à son échec.

Par sa vision stratégique du rapport des forces dans la lutte des classes, Marx prévenait également les chefs de partis politiques et des organisations de travailleurs conscients et organisés et engagés dans un mouvement insurrectionnelle, avec cet avertissement : «Ne jouez jamais avec l’insurrection, à moins que vous ne soyez absolument prêts à faire face à toutes les conséquences de votre révolution».

Voici la stratégie et tactique formulés par Marx y Engels sur la révolution et contre-révolution en Allemagne 1848: «Une fois entrés dans la voie insurrectionnelle, agissez avec la plus grande décision et prenez l’offensive. La défensive est la mort de tout soulèvement armé; il est perdu avant de s’être mesuré avec ses ennemis. Surprenez vos adversaires, lorsque leurs forces sont encore disséminées; préparez de nouveaux succès, même faibles, mais quotidiens. Conservez l’ascendant moral que vous a valu le premier mouvement couronné de succès; ralliez autour de vous ces éléments indécis qui suivent toujours l’impulsion la plus forte et qui regardent toujours du côté le plus sûr; forcez vos ennemis à battre en retraite avant d’avoir pu grouper leurs forces contre vous. Et, pour employer les paroles de Danton, le plus grand maître que nous connaissions de la politique révolutionnaire: de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace.» (Voir, Marx-Engels. Révolution et contre-révolution en Allemagne, 1848, publié dans la série d’articles, écrits par Marx et Engels en 1851-1852 pour New York Daily Tribune, traduits par Eleanor Marx et publié sous forme de volume en 1896, à Londres)

II- Lénine à propos de la situation ou crise révolutionnaire

C’est à Lénine qui reviendra le mérite d’avoir enrichi la doctrine marxiste sur la définition des classes, lutte des classes, révolution et contre-révolution qui objectivement débouchent vers une situation ou crise révolutionnaires, levant le voile sur le rôle de la classe dominante et la place de l’État bourgeois dans l’histoire.

«Les classes, écrivait Lénine, sont des vastes groupes d’hommes différents les uns des autres par la place qu’ils occupent dans un système historiquement déterminé de production sociale, par leurs rapports aux moyens de production, par leur rôle dans l’organisation sociale du travail, par la dimension de leur appropriation des richesses sociales et par leur mode d’appropriation. Les classes sont des groupes d’hommes, dont les uns s’approprient le travail des autres selon la place occupée dans un système déterminé d’économie sociale». (V.I Lénine, La grande initiative, T.29 page 421.

C’est à partir de constat et prémisses historiques, la mission de la révolution bolchevique consistait, non pas de concilier les classes inconciliables ni à bricoler l’appareil répressif de l’État bourgeois, mais à  le démolir, le briser, le détruire et envoyer au musée de l’Antiquité, comme disait Engels, en substituant par la dictature de la casse ouvrière et paysanne.

A cet instant, Lénine avait à l’esprit la cause matérielle de la défaite de la Commune de Paris, celle de n’être pas allé jusqu’à la destruction l’appareil répressif de l’État  bourgeois. Car, cette expérience révolutionnaire d’une époque proche et lointain est devenu une d’actualité la plus brulante  pour toutes les révolutions sociales dans toute société divisée en classes antagoniques. L’expérience de la révolution bolivarienne confrontée à l’attaque sans pareil, d’abord par la bourgeoisie vénézuélienne, soutenue et financée par l’impérialisme américain et ensuite par les classes dominantes d’Amérique Latine.

La contre–révolution au Venezuela a mise en cause la possession et la stratégie du Parti Parti Socialiste Unifié de Venezuela. A l’époque, le  président Hugo Chavez et ensuite son prédécesseur Nicolas Maduro se proposaient d’humaniser le système capitaliste au Venezuela. Selon ses propres mots du Président disparu, «humaniser ce que le même Papa appelle le néolibéralisme sauvage”. «Chavez combattait pour une société plus égalitaire, mais qu’elle ne soit pas communiste; mais, qu’il s’approche plus de l’humanisation du capitalisme».  C’est une vision politique la plus irréaliste pour l’avenir d’ensemble de la société vénézuélienne ».cité par GPM

Pour les bolcheviques, il n’agissait  nullement d’humaniser le pouvoir d’un tel ou tel groupe d’hommes puissants incrustés dans système capitaliste de production ; mais il s’agissait de le remplacer par les Soviets des ouvriers et paysans ou la dictature du prolétariat. Comme Lénine avait souligné que la dictature du prolétariat n’est qu’une transition vers l’abolition de toutes les classes et avec elle, le dépérissement de l’État bourgeois et l’instauration de l’État socialiste sans exploiteurs ni exploités. C’est l’idéal proche ou lointain de tous les opprimés par le capital.

«Limiter le marxisme à la doctrine de la lutte des classes, c’est le tronquer, le déformer, le réduire à ce qu’il soit acceptable pour la classe bourgeoise. Celui-là seul est un marxiste, qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu’à la reconnaissance de la dictature du prolétariat». (V.I. Lénine, L’État et la Révolution, Ouvres choisies, t. II. Pag. 308-309, Ed. Du Progrès,  Moscou 1975)

Dans son ouvrage intitulé la Faillite de la deuxième Internationale, Lénine accuse les principaux chefs de la social-démocratie de la veille Europe, le renégat Kautsky en tête d’avoir trahi le socialisme et la doctrine de Marx et, il reprend point par point, la thèse marxiste, qui deviendra l’abécédaire pour tous les révolutionnaires qui s’aventuraient sur le chemin de l’insurrection armée.

A ce titre, la victoire de la grande révolution bolchevique a montré aux travailleurs du monde que toute révolution sociale ne pourrait aller jusqu’à la victoire et à la prise du pouvoir politique qu’à trois conditions, à savoir: l’existence de facteurs objectifs et subjectifs qui soient mûrs et une conscience de classe de la classe ouvrière et paysans, soit dirigée et organisée par une avant-garde politique, armée d’une théorie révolutionnaire.

Pour un marxiste, par facteurs ou conditions objectives, il faut entendre la polarisation de contradictions antagoniques de deux classes en épreuve de force, c’est-à-dire, l’intensité d’une crise générale ayant de multiples facettes, crise  économique, crise politique, crise financière profonde, crise de l’extrême pauvreté, crise migratoire, etc., suivie par un large mouvement de masse d’en bas.

Quant aux facteurs subjectifs, l’expérience de la révolution bolchevique nous a confirmé la nécessité de la prise de conscience de classe et la maturité politique de la classe ouvrière russe et sa mission historique de transformer la société bourgeoise et, surtout qu’elle soit dirigée et organisée par le parti bolchevique, muni d’une théorie révolutionnaire pour aller jusqu’à l’abolition de l’Empire russe

A cet effet, le parti bolchevique a toujours préconisait que toutes les formes de lutte sont valables et nécessaires, notamment la lutte syndicale, la lutte parlementaire, la participation aux élections parlementaires et présidentielles, le mouvement de grève, les manifestations de masses, la mobilisation des victimes de la globalisation-phase supérieure du capitalisme, excepté le terrorisme.

En absence de tels objectifs, interdépendants non seulement de tels ou tels groupes et partis, mais encore de telles ou telles classes, la révolution est, en règle générale, impossible et improbable pour renverser le pouvoir de la classe dominante.

A ce titre, l’expérience de la révolution bolivarienne nous confirme l’absence «du facteur ou la condition subjective, selon laquelle, sans avant-garde politiquement et idéologiquement préparée pour briser complètement l’appareil d’État bourgeois et sans une théorie révolutionnaire, la classe dominante qui détient le pourvoir réel au Venezuela ne «tombera jamais sans lever la main, sans résistance et sans la contre-révolution»

«Pour que la révolution ait lieu, disait Lénine, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament et s’organisent pour changer les conditions de vie. Pour qu’elle ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C’est seulement lorsque «ceux d’en bas» ne veulent plus et que «ceux d’en haut» ne peuvent plus continuer de gouverner à l’ancienne manière. C’est la condition objective de la victoire de toute révolution.

«Pour qu’une révolution ait lieu, il faut que la majorité des ouvriers conscients et  politiquement engagés ait compris parfaitement la nécessité de changer le vieil ordre et soit prêt à mourir pour la révolution».

«Pour qu’une révolution ait lieu, il faut l’impossibilité pour les classes dominantes de maintenir leur domination sous une forme inchangée; cette crise du «sommet» est une crise de la politique qui approfondit la fissure, par laquelle le mécontentement et l’indignation des classes opprimées se fraient un chemin». (V.I. Lénine, La banqueroute de la II Internationale. Ed. Sociales 1953

En conclusion, la loi fondamentale de toute révolution sociale, comme Marx l’avait décrit et Lénine l’avait appliqué, les révolutions ne sont que les véritables locomotives de l’histoire dans la marche ascendante de l’humanité qui éclatent objectivement là où une insurrection ou situation révolutionnaire est mure et arrivé à son paroxysme. Le parti politique, qui néglige ce processus dialectique, court à son échec, telle était la leçon pour toutes les révolutions du XX siècle et telle elle le sera pour les révolutions sociales du XXI siècle.

Genève, le 10 décembre 2018-

Lázaro Pary

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